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28.09.2007

L'ADN est dans le pré, cours-y vite il va filer

Ses longs cils qui balaient de grands yeux sombres au centre de sa bouille ronde de joues à jus rebondies à mordre, ses noirs cheveux courts couronne, ses appétissantes hanches sur des pantalons boursouflés, ses doux seins adolescents, que je caresserai sous le premier soutien-gorge par ma main défait, sa rassurante rondouillante allure lui donnent cet air malin de fille dyamique et rieuse, croqueuse de vie, dévoreuse de mie, amoureuse de mi, de moi. Nous sortons ensemble, la belle affaire. Nous faisons partie de la même bande. Nous apprenons à nous embrasser langues mêlées dans le parc du Château des Schneider. Mais un baiser ça se mérite. Il faut d'abord escalader le haut mur. Ecobécots d'écoliers devant le futur écomusée. La vie est belle. Je me mets au théâtre. Je joue Gringoire et la farce de Maître Pathelin dans des patelins le samedi soir avec une troupe. Je fais du charme à une châtelaine du côté de Couches, les-Mines. Elle a aimé mon jeu de méchant Olivier Le Daim chez Banville. Je me vois déjà en haut de l'affiche. Rose-Marie n'aime pas ça. Je préfère Dylette, moins Bob, plus Dylan, Odile. Elle me préfère sa mobylette et sa bande aux rouflaquettes. Je fréquente encore le bar de sa maman de temps en temps. Restons amis, Rose-Marie.

Et soudain tout tombe, à la tombe encore, au même cimetière. Je suis resté seul avec notre mère. Mes frères aînés sont partis, à l'université et à la PPP, la Préfecture de Police de Paris. Je passe la seconde après une brillante troisième, un joli Brevet d'Etude du Premier Cycle et un chouette brevet de natation de 25 mètres, le seul diplôme que j'aie jamais encadré. Je mène ma vie. De comédien, de collégien.

Une nuit notre mère est malade. Elle vomit sur le buffet, dans ma chambre-salle-à-manger. Je me réveille. Ne t'inquiète pas, ce n'est rien, un peu d'indigestion, dors, tu dois être à l'école à huit heures. Oui maman. Le matin à huit heure au revoir maman, dors bien, je serai de retour à midi pour le déjeuner avec grand-mère et tante Marcelle. Pas de réponse. Elle doit être fatiguée par cette indigestion, elle ira mieux tout à l'heure, j'irai à la pharmacie. Et puisque sa soeur et leur mère arrivent de la campagne à neuf heures pour la journée, elles la réveilleront. Midi, retour, lit vide, maison ouverte, défait. Bizarre. Je ressors. Retrouve Rose-Marie. Qui me dit. Tu ne sais pas ? Elle est à l'hôpital. Je suis venue pour être avec toi. Elle a essayé de se suicider. Ta grand-mère et ta tante l'ont trouvée. L'ambulance l'a transportée. Comment sait-elle tout ça Rose-Marie ? Mystère. Pas le moment de chercher à l'éclaircir.

Arrêtons-là. Trois jours après on l'enterrait.

Votre mère est au plus mal, que devons-nous faire, la garder ou vous la ramener ? C'est la seule question qui me soit jamais restée en travers de la gorge. A seize ans à peine, perdu dans les manteaux et les pantalons, dans des odeurs de naphtaline et de nettoyage à sec dont c'était les grands débuts en ville, dans le pressing de Madame B. qui faisait office de seul  téléphone public du quartier, j'ai dû décidé seul si l'on devait ramener le corps de la défunte chez elle, chez moi, alors que l'hôpital essayait de me faire comprendre tant bien que mal, sans le dire tout en le disant mais en le taisant, que c'était fini mais qu'ils n'avaient pas le droit de transporter une morte donc qu'ils ne pouvaient pas me le communiquer mais seulement me le suggérer. A un moment j'ai su que j'agaçais l'infirmière. Peut-être que c'est elle qui a décidé finalement, de la ramener, je ne sais plus très bien. On m'expliquera plus tard, mon commissaire de frère. Officiellement elle était au plus mal mais vivante et pas de chance, elle sera décédée pendant le transport. C'est vrai c'est plus humain de restituer un corps à sa famille plutôt que de le conserver à la morgue. C'est moins anonyme. Mais que ce fut lourd à porter sur mes épaules, ma vie entière. Ces mots là et ceux de mon père mourant. Votre mère est au plus mal. Je pars, je m'en vais, je pars. Je les ai en moi, paroles inaltérables. 

Voilà. Plus de père. Plus de mère. Et maintenant ? Que vais-je faire, de tout ce temps que sera ma vie ? 

Vous le saurez en vous reconnectant bientôt. La véritable affaire de l'ADN arrive.

Quoi mon ADN ?

Qu'est-ce qu'il a mon ADN ?

Quelque chose qui ne va pas ? 

Il ne te revient pas ?

Oh je sais que tu n'as rien dit.

C'est ton œil que je prends au mot.

Souvent un seul regard suffit

Pour vous planter mieux qu'un couteau.

Quoi mon ADN ?

 

Fin du chapitre 3.

 

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