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27.09.2007

Brève rencontre de trottoir un jour de mort

Je pars. Je m'en vais. Je pars.

Voilà. Ce furent ses derniers mots. Après ça, le silence. Plus rien. Rien que mon frère et moi allongés sur le lit. Plus rien que la porte de notre chambre qui s'ouvre sur notre mère. C'est fini les enfants. Votre père n'est plus. Vous n'avez plus de père. Il est mort.  Condoléances du médecin. Je n'aurai plus à courir les rues dans la nuit noire pour aller le chercher à l'autre bout du quartier de la Molette, en face du lycée, c'est toujours le plus petit qui doit se dévouer pour ce genre de courses. Désolé de n'avoir rien pu faire. Son coeur était fatigué. Quarante-six ans c'est pourtant jeune. Mais on ne sait rien faire sur ces maladies. Peut-être dans vingt ans. Peut-être jamais. Soyez courageux. Nous le fûmes. Nous le sommes encore. La preuve, j'écris.

Bonjour Madame, je ne pourrai pas aller au lycée pendant ces deux jours. Oh, mais cela ne me surprend pas de vous jeune homme. Vous n'aimez pas travailler, vous avez mieux à faire sans doute. Madame, mon père est mort cette nuit. Oh, mon pauvre enfant. Je ne pouvais pas savoir, excusez-moi, je suis confuse, pourquoi suis-je si maladroite. Qu'allez-vous devenir ? Comment allez-vous vivre ? Votre maman pourra-t-elle s'occuper de vous ? Soyez courageux. Quel âge avez-vous donc ? Douze ans C'est bien jeune pour perdre son père. Mais vous grandirez. Soyez courageux. Allez mon enfant, pardonnez ma maladresse, et n'hésitez pas à me demander si vous avez besoin d'aide. 

Celle-ci, première personne sur laquelle je dois tester l'annonce du deuil, avant de le revêtir, habits sombres et bandeau de crèpe noir sur les vestes pendant une année entière, c'était ma prof d'anglais. En ce début de cinquième elle m'avait pris en grippe. Furieuse de la punition que je lui avais rendue. L'intitulé était "je ne dois pas parler en classe". A tous les temps et tous les modes. Malin et paresseux, mais aussi parfaitement logique, puisque le titre du devoir était au "je", eh bien j'ai conjugué cette phrase comme il m'avait été demandé, rien de moins, rien de plus. A tous les temps mais à cette seule personne qui est la mienne, mon moi-même qui bavarde en classe : mon propre je. Si cette vieille demoiselle acariâtre avait voulu convoquer sous ma bille toutes les personnes à tous les temps, il lui eut fallu me donner la punition à l'infinitif. "Ne pas parler en classe". Je n'aurais pas eu d'échappatoire. J'aurais bien dû le faire savoir à mon je, à ton tu, à son il et à son elle, à nos nous, à vos vous, à leurs ils et à leurs elles, que l'on ne doit pas parler en classe. Ainsi la tâche eut été juste et parfaite, accomplie. Je le concède. Mais cette bonne mégère, au demeurant légèrement alcoolique, figurez-vous qu'au lieu de me féliciter sur ma parfaite compréhension d'une consigne mal rédigée, a préféré se ridiculiser en exhibant mon oeuvre devant toutes ses élèves. A toutes les heures, à tous les cours. Et de citer mon nom, mon prénom, ma classe. Et de brandir la feuille devant son visage furieux en me sacrant mini héros de cour de récréation.

Et c'est ainsi que je devins petit résistant populaire avant de passer au statut plus sérieux de demi-adulte, de demi-orphelin, de grand garçon sans père.

Je vous raconterai demain peut-être, comment Rose-Marie essaiera de m'en fournir un nouveau quatre années et un nouveau deuil plus tard.

C'est triste comme histoire ? Mais non. C'est gai. Vous allez voir. Mon ADN va bientôt s'allumer.

Ah. Au fait... A propos d'ADN et puisque ce chapitre débute comme un départ pour une exploration sans retour, connaissez-vous cette ADN là ? Admirable femme.

 

Fin du chapitre 2.

 

 
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